Dakar, 08 Mai (SL-INFO) –  Huit opposants au président tchadien Mahamat Idriss Déby, arrêtés fin avril, ont été condamnés à huit ans de prison ferme vendredi à N’Djamena, a annoncé l’un de leurs avocats à l’AFP.

Les prévenus, tous présidents de partis membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), la principale coalition d’opposition, avaient été arrêtés une semaine avant une « marche de protestation et d’indignation », à laquelle ils avaient appelé à participer et qui a été interdite par le gouvernement.

Ils avaient par la suite été placés en détention provisoire dans le cadre d’une enquête judiciaire pour « association de malfaiteurs, mouvement insurrectionnel, rébellion et détention illégale d’armes de guerre ».

« Nous ne sommes pas surpris mais déçus par cette décision de justice qui s’est basée sur des infractions inexistantes », a réagi Moussa Adoum, avocat des opposants, regrettant « qu’on puisse utiliser la justice comme instrument de pression politique ».

Il a dit vouloir faire appel de ce jugement « pour que la cour puisse statuer sans pression politique ».

– Dissolution du GCAP –

La veille de l’arrestation des huit présidents de parti, le ministre de la Sécurité avait annoncé la dissolution du GCAP par un arrêt de la Cour suprême, exigeant des membres de la coalition qu’ils « cessent immédiatement cette manoeuvre, constitutive d’un trouble à l’ordre public », en référence à la manifestation qu’ils organisaient.

Mahamat Idriss Déby a été élu président du Tchad en mai 2024, lors d’une élection contestée et boudée par une bonne partie de l’opposition, après avoir été à la tête d’une transition durant trois ans à la suite de la mort de son père Idriss Déby Itno, tué par des rebelles en se rendant au front après 30 ans à la tête du pays.

Le GCAP, qui fédère 13 partis politiques et des représentants de la société civile, est la seule plateforme à avoir systématiquement contesté les élections et appelé au boycott.

Dans un communiqué publié mi-avril sur les réseaux sociaux, le GCAP appelait les Tchadiens à manifester contre « l’injustice, l’exclusion et pour le rétablissement de nos droits, de nos libertés et de la justice ».

Le parti les Transformateurs, un des principaux partis d’opposition au Tchad, avait appelé à la libération des huit opposants début mai lors d’un rassemblement en soutien à leur président, emprisonné depuis près d’un an, au cours duquel un militant a été tué par les forces de l’ordre.

– « Climat de terreur » –

En mai 2025, Succès Masra, ancien Premier ministre et président des Transformateurs, avait été condamné à 20 ans de prison pour « incitation à la haine et à la violence » dans un procès « politiquement motivé », selon l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW).

En octobre, la coalition dénonçait déjà un « climat de terreur », des « intimidations » et des « menaces », alimentés par des interdictions de rassemblements prises par les autorités.

HRW pointait également du doigt la répression des opposants et de la société civile, devenue « monnaie courante ».

Début octobre, une révision constitutionnelle instaurant un mandat présidentiel de sept ans, renouvelable sans limite, avait été votée à une majorité écrasante par le Parlement.

Cette réforme, qualifiée « d’autoritaire » par l’opposition, pourrait permettre au président Déby de se maintenir au pouvoir indéfiniment.

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