Dakar, 13 Mai (SL-INFO) – Au moment où les controverses autour du franc CFA occupent une place importante dans le débat public, il me paraît essentiel de revenir sur quelques concepts monétaires fondamentaux. L’un des malentendus les plus fréquents consiste à confondre monnaie et richesse. Cette confusion alimente des attentes irréalistes sur le pouvoir supposé de la monnaie et brouille l’analyse des véritables enjeux de développement.

La monnaie : un instrument, non une richesse

La monnaie n’est pas une richesse en soi. Elle constitue un instrument qui facilite la production, les échanges et la circulation des biens et services.

La richesse réelle d’une nation repose sur ce qu’elle produit : denrées agricoles, produits industriels, infrastructures, services, innovations et capital humain.

Autrement dit, ce ne sont ni les billets de banque ni les chiffres inscrits sur les comptes bancaires qui rendent un pays prospère, mais sa capacité à produire de manière efficace et compétitive.

L’illusion du « pouvoir magique » de la monnaie

Il ne faut pas tomber dans l’utopie consistant à croire que la monnaie possède un pouvoir magique de création de richesse.

Créer davantage de monnaie sans augmentation correspondante de la production ne rend pas un pays plus riche. Cela conduit généralement à :

l’inflation ;

la dépréciation de la monnaie ;

la perte de pouvoir d’achat ;

la baisse de la confiance des investisseurs.

L’histoire économique regorge d’exemples, du Zimbabwe au Venezuela, montrant qu’un pays peut multiplier les billets tout en s’appauvrissant.

Les billets : une faible partie de la monnaie

Dans l’imaginaire collectif, la monnaie se résume souvent aux billets et aux pièces. En réalité, ceux-ci ne représentent qu’une fraction de la masse monétaire.

En 2024 :

aux États-Unis, les billets et pièces représentaient environ 11 % de la masse monétaire M2 ;

au Sénégal, cette proportion était d’environ 24 %.

Cela signifie que l’essentiel de la monnaie existe sous forme de dépôts bancaires, de virements, de cartes, de mobile money et d’autres instruments électroniques.

Comment les banques créent la monnaie

La monnaie scripturale est créée principalement par les banques lorsqu’elles accordent des crédits.

Prenons un exemple simple. Une banque accorde un prêt de 10 millions de FCFA à l’entreprise A pour acheter des équipements produits par l’entreprise B.

La banque crédite le compte de l’entreprise A de 10 millions de FCFA. La masse monétaire augmente immédiatement du même montant.

Lorsque l’entreprise A paie l’entreprise B, les 10 millions disparaissent du compte de A et apparaissent sur celui de B. La monnaie continue d’exister, mais elle a simplement changé de détenteur.

Lorsque l’entreprise A rembourse son emprunt, la monnaie créée est progressivement détruite.

Aucun billet de banque n’est créé ou imprimé : la création monétaire résulte d’un simple jeu d’écritures comptables.

La tendance de long terme est claire : les billets et les pièces occupent une place de plus en plus réduite dans les transactions quotidiennes.

Sous peu, il est probable que nous verrons de moins en moins de billets et de pièces circuler, sans que cela signifie la disparition de la monnaie. Celle-ci continuera d’exister sous une forme essentiellement immatérielle : dépôts bancaires, cartes, virements, mobile money et monnaies numériques.

La monnaie demeurera donc un instrument central de l’activité économique, même si elle devient de moins en moins visible matériellement.

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