Dakar, 5 août (SL-INFO) – Interpol vient de publier son rapport 2026 sur les cybermenaces en Afrique. L’organisation internationale de police criminelle alerte sur une aggravation des risques liés aux rançongiciels (ransomwares), aux compromissions de la chaîne d’approvisionnement et aux violations de données.

Selon le rapport, le Sénégal figure parmi les pays africains les plus exposés à ces menaces. Interpol indique que les attaques par rançongiciel ont été particulièrement fréquentes en Afrique du Sud, au Nigeria, en Namibie, au Sénégal et en Zambie.

« Les cybercriminels visent de plus en plus les établissements de santé, les fournisseurs de services publics et les plateformes de services gouvernementaux afin de maximiser les perturbations et les possibilités d’extorsion », souligne l’organisation dans son rapport parcouru par Seneweb.

Une tentative de détournement de 7,9 millions de dollars contre une compagnie pétrolière au Sénégal

Interpol révèle, notamment, une tentative de fraude impliquant une infrastructure basée au Sénégal. L’opération visait une compagnie pétrolière et avait pour objectif de détourner 7,9 millions de dollars. Les autorités sont toutefois parvenues à geler le compte bancaire de destination, empêchant ainsi le transfert des fonds.

Pour Interpol, cette affaire illustre le caractère transnational de ces réseaux criminels. « Cette opération a mis en évidence la nature transnationale de ces stratagèmes, des acteurs malveillants basés en Afrique orchestrant des fraudes contre des cibles situées en Europe et en Amérique du Nord à l’aide d’infrastructures réparties dans plusieurs juridictions », relève le rapport.

L’organisation décrit également un mode opératoire désormais bien rodé. Les cybercriminels commencent par identifier les responsables de la paie ou des achats au sein des entreprises. Ils compromettent ensuite leurs comptes au moyen de campagnes de hameçonnage (phishing) ou de techniques de « credential stuffing » (bourrage d’identifiants).

« Des courriels générés par l’intelligence artificielle sont ensuite envoyés aux services financiers en usurpant l’identité de hauts dirigeants, souvent accompagnés de demandes urgentes visant à « corriger » des coordonnées bancaires pour un paiement », explique Interpol.

L’organisation souligne également que l’utilisation de services de messagerie gratuits, tels que Gmail et Outlook, permet de contourner plus facilement les mécanismes de détection de l’usurpation de domaine, rendant les systèmes traditionnels de sécurité des courriels de moins en moins efficaces.

Le facteur humain, principal point faible

Selon Interpol, les conséquences financières de ces attaques sont aggravées par l’insuffisance du partage d’informations entre les acteurs concernés. Malgré les progrès réalisés par les banques et les fintechs en matière de détection des fraudes, la coopération transfrontalière entre institutions financières, opérateurs de télécommunications et services d’enquête demeure lente et bureaucratique.

L’organisation met également en garde contre les réseaux de « mules financières », souvent recrutées à travers de fausses offres d’emploi, qui continuent d’opérer dans les pays où les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux (Aml) restent insuffisamment appliqués.

Pour Interpol, la principale vulnérabilité réside à l’intersection de la confiance numérique et du comportement humain. À mesure que l’intelligence artificielle améliore le réalisme des usurpations d’identité, le facteur humain demeure le maillon le plus faible — et le plus difficile à protéger.

Face à ces menaces, plusieurs pays africains renforcent leurs dispositifs de cybersécurité. L’Angola a adopté une Stratégie nationale de cybersécurité et créé un Centre national de cybersécurité. Le Sénégal, de son côté, a lancé son initiative de « souveraineté numérique », en mobilisant 24 millions de dollars pour moderniser ses plateformes numériques et lutter contre le cyberharcèlement.

« Ces avancées législatives traduisent une prise de conscience croissante des risques cyber, mais leur mise en œuvre constitue désormais l’enjeu majeur », conclut Interpol.

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