Dakar, 14 avril (SL-INFO) – Il est sorti vainqueur des législatives en Hongrie, ce dimanche. Mais derrière ce succès se cache une autre bataille : celle qui l’oppose à son ex-femme, Judit Varga, ancienne ministre de la Justice, dans une guerre mêlant accusations de violences, enregistrement clandestin et scandales politiques.
Il vient de faire chuter Viktor Orbán, dont il était jadis pourtant très proche. Ce dimanche 12 avril, Péter Magyar, 45 ans, a remporté les élections législatives hongroises à la tête de Tisza (acronyme de Respect et Liberté), le parti d’opposition qu’il a propulsé en moins de deux ans. Avec plus de 53% des voix, l’homme vient de mettre fin à seize années de règne de l’ancien premier ministre nationaliste, offrant à son mouvement une supermajorité constitutionnelle au Parlement. «Nous avons libéré la Hongrie», a-t-il déclamé au soir de sa victoire.
Mais derrière ce triomphe historique se cache une autre guerre, plus trouble et plus intime : celle qui l’oppose à son ex-épouse, Judit Varga, ancienne ministre de la Justice et figure du Fidesz, le parti national conservateur de Viktor Orbán. Car l’ascension de Péter Magyar ne s’est pas seulement construite contre le premier ministre déchu. Elle s’est aussi nourrie de son divorce explosif, devenu un bras de fer public.
Pot-de-vin et démission
Leur déchirement prend racine en 2023, lorsque Péter Magyar et Judit Varga, qui ont trois enfants, divorcent officiellement après dix-huit ans de vie commune. Quelques mois plus tard, leur séparation bascule sur la place publique. Le 26 mars 2024, Péter Magyar diffuse en effet un enregistrement clandestin d’une conversation datant de janvier 2023 avec son ex-épouse, alors ministre de la Justice. Sur cette bande, Judit Varga évoque de possibles interventions dans une affaire de corruption visant notamment Pál Völner, ancien secrétaire d’État au ministère de la Justice, soupçonné d’avoir accepté des pots-de-vin. Péter Magyar affirme alors que des proches du pouvoir ont tenté de faire disparaître des éléments sensibles de documents judiciaires. La publication de l’enregistrement provoque des manifestations à Budapest et pousse le parquet à ouvrir une enquête, finalement classée sans suite en juin 2024.
Judit Varga y voit alors une tentative de vengeance de son ex-époux, mais aussi une volonté de décrédibiliser le gouvernement, au moment même où il vient de fonder le parti Tisza en vue des futures élections législatives. Bien qu’elle ait déjà démissionné de son poste un peu plus tôt, pour une autre affaire, l’ancienne ministre contre-attaque dans la foulée par le biais d’une longue interview télévisée accordée à Frizbi TV. Au fil de plus de deux heures d’entretien, elle décrit son ex-mari comme «un monstre» mû par la vengeance. Elle l’accuse de violences domestiques, d’humiliations répétées et de chantage, bien avant même leur divorce, autour de cet enregistrement qu’il aurait conservé pour la tenir sous pression. Elle affirme avoir vécu pendant des années sous bien d’autres menaces.
«Violent et manipulateur»
L’ancienne ministre assure ainsi avoir prononcé une «fausse vérité» dans cet enregistrement, sous la pression d’un mari qu’elle présente comme «violent et manipulateur». Parmi les autres épisodes évoqués dans cette interview, et rapportés dès le lendemain par le média hongrois Magyar Nemzet, Judit Varga affirme que Péter Magyar lui adressait, dès le début de leur relation, des remarques désobligeantes et humiliantes, auxquelles elle n’aurait d’abord pas prêté attention, tant elle était amoureuse.
Elle raconte notamment qu’après la naissance de leur premier enfant, alors qu’elle s’émerveillait de ce moment, son mari l’aurait sèchement interrompue en lui reprochant de ne pas être capable de formuler une phrase cohérente. Quand elle se serait mise à pleurer, il lui aurait lancé : «Pleure et tu n’auras plus de lait !» Selon son récit, il aurait également insulté sa famille, allant jusqu’à traiter sa mère d’idiote. «J’avais l’impression qu’il voulait me détruire», confie encore l’ancienne ministre, qui parle d’un «stade ultime du trouble de la personnalité narcissique», un climat, devenu selon elle, toxique pour leurs enfants. Dans un message, elle réitérait: «Cela fait longtemps qu’il me faisait chanter avec ça : si j’osais divorcer, si j’osais le virer, si j’osais parler… Si j’osais faire autre chose que ce qu’il voulait, je le regretterais.»
Le 29 mars, Péter Magyar riposte sur Facebook et retourne complètement l’accusation. «Je n’ai jamais frappé la mère de mes enfants, mais elle m’a frappé plusieurs fois. Parfois avec les poings, parfois avec les pieds. Parfois devant témoins, parfois à huis clos», assure-t-il. Selon lui, son ex-épouse serait une marionnette, même à distance, du gouvernement hongrois, œuvrant à transformer une affaire d’État en querelle conjugale «pour tabloïd» et ainsi «détourner l’attention des véritables questions juridiques et politiques» et «échapper à la responsabilité». Une ligne de défense qui ne l’empêche pas, lui aussi, de verser dans l’intime, en accusant Judit Varga de ne pas respecter l’accord de divorce et de monter leurs enfants contre lui.
«La trahison n’est pas une réussite»
Enfin, en juillet 2025, interrogée à Budapest sur un éventuel retour en politique pour affronter son ex-mari, Judit Varga ferme la porte avec mépris : «Je ne veux pas participer à cette compétition si une certaine personne appelée Péter Magyar est en lice». Puis d’ajouter : «La trahison n’est pas une réussite, surtout lorsqu’il s’agit d’une trahison de notre propre famille.» Mais encore : «Quel genre de personne est-ce ? Lorsque sa femme ne peut plus supporter le drame et les abus incroyables qu’elle subit et qu’elle annonce qu’elle veut divorcer, il a recours à cette ignoble manipulation.»
Comme le rapporte le média Euronews, Péter Magyar avait conclu, avant d’être élu en ce mois d’avril 2026 : «Ni maintenant, ni à l’avenir, je ne souhaite réagir aux accusations de cette propagande répétée. Je souhaite que mon ex-femme vive en paix», avait-il répondu ; ajoutant : «Avec un tel scandale, dans une vraie démocratie, avec un véritable État de droit, le gouvernement échouerait et les ministres seraient mis en prison». Deux ans plus tard, Péter Magyar semble donc avoir remporté la bataille. Du moins, pour l’instant.
