Dakar,06Mai (SL-INFO) – Dans plusieurs économies africaines, accéder au financement devient progressivement plus difficile, aussi bien pour les États que pour les entreprises privées. La hausse des taux d’intérêt, le durcissement des conditions de crédit et la prudence croissante des investisseurs poussent désormais les institutions financières régionales à jouer un rôle plus actif pour sécuriser les projets et rassurer les prêteurs. C’est précisément dans ce contexte que les mécanismes de garantie prennent une importance grandissante dans le financement des économies africaines.
. Selon l’institution, ces engagements devraient permettre de mobiliser jusqu’à 670 millions de dollars de financements au profit des économies de ses États membres.
Ces garanties concernent plusieurs secteurs considérés comme stratégiques, notamment l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, l’agro-industrie, le commerce et l’industrie. Le choix de ces domaines n’est pas anodin, car ce sont précisément les secteurs qui nécessitent des investissements lourds et des financements longs, alors même qu’ils restent souvent perçus comme risqués par les banques commerciales.
Le principe des garanties repose sur un mécanisme relativement simple. Lorsqu’une institution comme le FSA garantit une partie d’un financement, elle réduit le risque supporté par les banques ou les investisseurs. En cas de difficulté de remboursement, le garant prend en charge une partie des pertes éventuelles. Cette intervention rassure les prêteurs et facilite l’octroi de crédits qui, sans cette couverture, auraient parfois été jugés trop risqués.
Cette logique devient particulièrement importante dans l’environnement financier actuel. Depuis 2022, le coût du financement s’est nettement tendu en Afrique sous l’effet combiné du durcissement monétaire mondial, de la hausse des taux internationaux et des inquiétudes croissantes sur l’endettement de plusieurs économies émergentes. Les émissions obligataires africaines sur les marchés internationaux sont devenues plus coûteuses, tandis que les banques régionales renforcent elles aussi leurs exigences.
Dans l’espace de l’UEMOA, plusieurs États empruntent désormais à des rendements nettement supérieurs à ceux observés avant la crise inflationniste mondiale. Le Sénégal, par exemple, a récemment levé des ressources sur le marché régional à des rendements dépassant 7 % et 8 % selon les maturités retenues, illustrant la hausse progressive du coût de la dette publique régionale.
Cette tension se répercute directement sur le secteur privé. Les PME industrielles, les acteurs agricoles ou les promoteurs d’infrastructures rencontrent davantage de difficultés pour accéder à des financements longs à des conditions soutenables. Dans plusieurs pays africains, les banques restent encore fortement orientées vers des crédits de court terme, souvent concentrés sur les activités commerciales ou les opérations les moins risquées.
Les mécanismes de garantie cherchent justement à combler une partie de cet écart. En sécurisant certains financements, ils permettent d’orienter davantage de ressources vers des secteurs productifs considérés comme prioritaires pour la transformation économique et la création d’emplois.
Le recours croissant à ces instruments reflète aussi une évolution plus large du financement africain. Les institutions régionales et panafricaines cherchent de plus en plus à jouer un rôle d’intermédiation du risque afin d’attirer des capitaux privés vers des projets que les marchés financeraient difficilement seuls.
Cette tendance s’observe également dans les infrastructures énergétiques, les projets agricoles ou les montages liés aux obligations vertes, où les garanties publiques ou multilatérales deviennent souvent indispensables pour rassurer les investisseurs institutionnels.
Le développement de ces outils ne supprime pas pour autant les fragilités structurelles du financement africain. Les besoins d’investissement restent immenses, alors que les marchés financiers régionaux demeurent encore relativement étroits et que plusieurs économies restent exposées aux chocs extérieurs.
Mais dans un environnement où l’argent devient plus sélectif et plus coûteux, la capacité à sécuriser les financements devient presque aussi importante que la capacité à lever les fonds eux-mêmes.
