Dakar, 27 avril (SL-INFO) – Le Forum civil appelle à un renforcement urgent de la fiscalité sur les produits du tabac, qu’il considère comme le levier le plus efficace pour réduire une consommation encore préoccupante, notamment chez les jeunes.
Réunis en atelier stratégique ce samedi 25 avril 2026 à Dakar, les membres de l’organisation ont analysé les réformes en cours et plaidé pour une taxation plus ambitieuse. « Si le Sénégal a récemment porté la taxe ad valorem de 70 % à 100 %, les acteurs de la lutte antitabac estiment que l’effort reste insuffisant » a expliqué Mouhamadou Bamba Sagna, coordinateur régional de Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK).
Il faut noter que selon les standards de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les taxes devraient représenter au moins 70 % du prix de vente final. Au Sénégal, elles tournent autour de 45 %, un niveau jugé trop faible pour dissuader efficacement les consommateurs. « Le principal point de blocage réside dans le mode de taxation actuel, basé uniquement sur le système ad valorem, c’est-à-dire proportionnel à la valeur du produit. Les experts recommandent l’introduction d’un système mixte combinant cette taxe avec une taxe spécifique fixée par paquet » , explique-t-il.
Et de poursuivre : « Une telle mesure permettrait d’augmenter de manière significative et durable les prix. Aujourd’hui fixé en moyenne à 1 500 F CFA, le paquet de cigarettes reste largement accessible. Le porter entre 2 000 et 3 000 F CFA pourrait constituer un frein réel, en particulier pour les jeunes et les populations à faibles revenus ».
Une urgence sanitaire
Le tabagisme demeure un problème majeur de santé publique. À l’échelle mondiale, il concerne 1,3 milliard de personnes et provoque près de 8 millions de décès chaque année, dont 800 000 chez des non-fumeurs exposés au tabagisme passif.
Au Sénégal, les données sont également préoccupantes. L’enquête GYTS 2020 révèle que 9,6 % des élèves âgés de 13 à 15 ans consomment des produits du tabac, avec un âge d’initiation parfois dès 7 ans.
De son côté, l’enquête GATS 2023 indique que 4,4 % des adultes sont concernés. Le tabac est un facteur de risque majeur de nombreuses maladies non transmissibles, notamment les cancers, les maladies cardiovasculaires et les affections respiratoires. Il est associé à plus de vingt pathologies touchant plusieurs organes.
Une loi dépassée par les évolutions du marché
Adoptée en 2014, la loi antitabac a permis des avancées notables, notamment l’introduction d’avertissements sanitaires et l’interdiction de fumer dans certains lieux publics. Mais elle montre aujourd’hui ses limites. Elle ne prend pas en compte les nouveaux produits tels que les cigarettes électroniques, le tabac chauffé, les sachets de nicotine ou encore la chicha. Son application reste par ailleurs incomplète dans plusieurs espaces publics. Face à ces insuffisances, un projet de loi introduit en novembre 2023 est en attente d’adoption. Il prévoit de mieux encadrer les nouveaux produits, de renforcer les espaces sans tabac et de protéger davantage les jeunes. Le Forum civil appelle les autorités à accélérer son adoption.
Sur le même volet, Penda Ndiaye, chargée de projet au niveau du Forum civil affirme que cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet « Plaidoyer pour la taxation du tabac », lancé en mai 2023 avec l’appui de partenaires régionaux. « L’initiative vise à augmenter les recettes fiscales, réduire la consommation et alléger les dépenses de santé liées aux maladies non transmissibles » , renseigne-t-elle. Avant d’ajouter que « l’enjeu dépasse la seule question fiscale : il s’agit d’un combat de santé publique, pour sauver des vies et préserver les générations futures ».
Elle conclut : « C’est dans ce sillage que nous avons tenu à imprégner les nouveaux membres du bureau de l’entité non seulement sur la fiscalité, mais aussi sur les dangers sanitaires. »
