Dakar, 19 Mai (SL-INFO) – Le gouverneur de la région de Dakar a sorti un communiqué le 15 mai pour regretter une occupation irrégulière des autoponts dans la capitale. « Cette situation se traduit notamment par l’installation d’abris de fortune, l’exercice d’activités commerciales non autorisées, le stationnement anarchique de motos et de matériels divers ainsi que l’utilisation de ces espaces comme lieux d’hébergement nocturne », constate l’autorité qui annonce ainsi « des opérations de contrôle et de libération systématique des espaces irrégulièrement occupés ».
Ce communiqué, qui devrait annoncer une bonne nouvelle, est en soi un motif de désespoir de voir ce pays émerger pour ensuite se développer.
Ce désespoir vient d’abord du timing. Il a fallu que la RTS fasse un reportage là-dessus pour susciter une réaction de l’administrateur civil. Pourtant, cette occupation dont parle le gouverneur ne date pas d’aujourd’hui. À chaque fois qu’une infrastructure est ouverte aux usagers, elle est rapidement prise d’assaut. La privatisation se fait en l’espace de quelques semaines. Le premier venu s’offre un bail et est rapidement suivi par d’autres. Chacun se taille son espace privé, sans que personne ne trouve à redire.
Le gouverneur annonce une opération avec les forces de défense et de sécurité. Et pourtant, l’occupation anarchique a lieu tous les jours sous le regard (impuissant ou indifférent ?) des policiers et gendarmes. Les hommes en tenue sont présents à presque tous les autoponts de Dakar. Cette occupation anarchique fait partie de leur quotidien. Ils sont les témoins privilégiés de ce phénomène, de la première personne à la scène chaotique qui enfin interpelle. La question se pose de savoir pourquoi ils n’interviennent pas en amont. N’est-il pas plus simple d’empêcher cette occupation plutôt que de laisser faire, suscitant ainsi des habitudes et une conviction de légitimité avant de venir déguerpir ? Surtout que ce déguerpissement, bien que normal et souhaité, brise des espoirs et des rêves et parfois même la conviction d’être une victime.
Ageroute et la ville de Dakar
Cependant, bien qu’ayant été dans la réaction plutôt que dans l’anticipation, le gouverneur au moins s’est senti interpellé. Et c’est là le deuxième motif de désespoir. En effet, des personnes sont investies d’une mission publique mais ne se sentent nullement concernées. Ageroute, chargée des grands axes routiers, n’en fait pas une préoccupation. Sur sa page Facebook, un communiqué daté du 28 avril (posté le 6 mai) annonce une opération de déguerpissement « dans le cadre des Jeux olympiques de la jeunesse 2026 ».
Le message est clair : le déguerpissement ne se fait que parce qu’il y a un évènement international. Une fois ce moment passé, libre à qui veut de revenir occuper ces espaces. Et pour ceux qui ne sont pas sur les tracés utilisés lors de la compétition, ils n’ont peut-être rien à craindre. Car après tout, le but n’est pas de préserver le cadre de vie en tout temps et en tout lieu, mais simplement de prouver à la face du monde, juste le temps des JOJ, que Dakar est une ville propre et organisée.
Aujourd’hui, il est question de ce qui se passe sous les ponts et pourtant, l’occupation a lieu même sur les infrastructures. Au pont de Fann par exemple, l’espace entre les deux voies a été occupé, avec abris de fortune en plus. Le même scénario a prévalu dans le passé sur une passerelle sur la VDN. Le tout sur l’inaction de Ageroute.
Pendant ce temps, le maire de Dakar est plus préoccupé par son fauteuil que par la ville, craignant une délégation spéciale. On ne sent pas la municipalité de Dakar sur cette question. Presque aucune initiative pour faire régner l’ordre dans son périmètre de compétence. Khalifa Sall avait pourtant montré la voie. Il avait fait la démonstration qu’une vision dépourvue de calcul politique pouvait payer, y compris sur le plan électoral.
Quant aux maires des autres communes, n’en parlons même pas. Pour eux, la priorité est ailleurs. Il faut donc plus qu’un reportage sur une télévision pour attirer leur attention.
