Dakar, 22 avril (SL-INFO) – Alors qu’il brigue officiellement le poste de Secrétaire général des Nations Unies, l’ancien président su Sénégal Macky Sall voit son héritage passé au crible. Entre une ascension politique fulgurante, une fin de règne marquée par des tensions sociales inédites et une dette publique record, la question de sa légitimité à diriger l’organisation internationale divise profondément.
Le parcours de Macky Sall au sommet de l’Etat est, à bien des égards, unique. Avant d’accéder à la magistrature suprême en 2012, il a occupé les fonctions les plus prestigieuses : Directeur général de Petrosen, Ministre de l’Intérieur, Premier ministre et Président de l’Assemblée nationale. Cette trajectoire complète lui a conféré une stature d’homme d’Etat aguerri, tant sur les dossiers techniques que politiques.
De l’espoir du redressement à la dérive autoritaire
A son arrivée au pouvoir, Macky Sall porte l’espoir d’une rupture. Ses premières initiatives visant à corriger les injustices sociales et à instaurer une gouvernance sobre sont saluées par une population en quête de renouveau. Pourtant, le tournant de 2016 marque une rupture dans ce contrat de confiance.
Le reniement de sa promesse électorale de réduire son premier mandat de sept à cinq ans sera le premier acte d’une série de décisions contestées. Dès lors, le pouvoir semble s’engager dans une stratégie de neutralisation des adversaires politiques. L’instrumentalisation présumée de la justice écarte des figures majeures, telles que Khalifa Ababacar Sall et Karim Meïssa Wade, de la présidentielle de 2019, permettant à Macky Sall une réélection au premier tour. Une victoire sans liesse, assombrie par l’émergence d’une nouvelle réalité politique : l’ascension fulgurante d’Ousmane Sonko, arrivé troisième avec plus de 15 % des suffrages.
Un second mandat sous le signe de la confrontation
Le second mandat de Macky Sall se transforme en une épreuve de force permanente. Sur le plan économique, si la pandémie de Covid-19 freine l’élan de croissance, c’est surtout la confrontation brutale avec Ousmane Sonko et le parti Pastef qui cristallise les tensions. La répression des manifestations par les forces de défense et de sécurité se solde par un bilan tragique : des dizaines de morts à travers le pays et des milliers d’arrestations.
Cette période est également marquée par une tentative inédite de report de l’élection présidentielle en 2024, une manœuvre perçue comme une volonté de s’accrocher au pouvoir. Il aura fallu la pression conjuguée du Conseil constitutionnel et de la communauté internationale pour que le processus électoral soit maintenu, scellant ainsi la fin de son ère.
Le fardeau de la « dette cachée »
Pour les observateurs économiques, le bilan financier est tout aussi préoccupant. Macky Sall laisse derrière lui un pays lourdement endetté. Les révélations post-mandat font état d’une dette publique représentant plus de 119 % du PIB, un chiffre bien au-delà des standards communautaires. Cette « dette cachée » massive hypothèque aujourd’hui les marges de manœuvre du nouveau régime et soulève des questions sur la sincérité des statistiques produites durant son magistère.
Macky Sall et l’ONU : Le paradoxe diplomatique
C’est fort de ce bilan intérieur contrasté que Macky Sall sollicite aujourd’hui le suffrage des nations pour diriger l’ONU. Si sa stature internationale est indéniable, sa méthode de gouvernance soulève des interrogations éthiques fondamentales. Comment incarner la Charte des Nations Unies, axée sur les droits de l’homme et la démocratie, après avoir été au cœur d’une répression sanglante dans son propre pays ? Sur le plan de la crédibilité financière, peut-on confier la gestion de l’économie mondiale à un dirigeant dont la gestion budgétaire a abouti à une crise d’endettement occulte ?
Ce tableau déjà sombre s’est alourdi sur le plan diplomatique : l’Union africaine a récemment décidé de ne pas soutenir la candidature de Macky Sall, un désaveu cinglant qui prive l’ancien président du socle continental indispensable pour prétendre à une telle fonction mondiale. En ratant sa sortie nationale par une gestion jugée « catastrophique », il aborde la scène internationale avec un handicap majeur. Sa candidature à l’ONU apparaît pour beaucoup non pas comme l’aboutissement naturel d’une carrière, mais comme une fuite en avant diplomatique pour masquer un héritage national lourd à porter.
