Dakar, 08 Mai (SL-INFO) – À l’heure où les financements internationaux de la santé connaissent une baisse historique, les données sanitaires deviennent, plus que jamais, un enjeu stratégique pour les États africains. À Dakar, ce 7 mai 2026, des responsables de médias ont échangé avec deux experts de la Fondation Gates sur les défis de la survie de l’enfant, de la vaccination et du renforcement des systèmes de santé en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Cette rencontre visait à décrypter les réalités de terrain derrière les statistiques. Face aux journalistes, le Dr Joachim Ndeni Lubiba, responsable des programmes Santé et Innovation, et le Dr Seynude Jean-Fortune Dagnon, spécialiste de la survie de l’enfant, ont partagé un constat central : sans données fiables, aucun système de santé ne peut fonctionner.
Les données, nouveau nerf de la guerre sanitaire
Pour le Dr Joachim Ndeni Lubiba, les systèmes d’information sont le pilier de la modernisation. « Nous ne pouvons pas parler du financement de la santé sans parler des données », a-t-il insisté. Elles permettent d’anticiper les besoins en médicaments, d’identifier les zones à risque et de gérer les épidémies.
Alors que les informations mettaient autrefois des semaines à remonter des zones rurales vers la capitale, la digitalisation transforme la donne. La Fondation Gates finance d’ailleurs au Sénégal une « Delivery Unit » au sein du ministère de la Santé pour accélérer l’amélioration de la qualité de ces données stratégiques.
Paludisme et maladies non transmissibles : des choix guidés par la science
Dans la lutte contre le paludisme, l’heure est à l’efficience. Le Dr Dagnon a expliqué que les décisions de distribution de moustiquaires reposent désormais sur un croisement de données biologiques et géospatiales. Si certaines zones comme Kolda ou Kédougou restent prioritaires, d’autres, moins exposées, reçoivent moins de ressources. Ces choix techniques, parfois mal compris des populations, doivent être expliqués pour éviter les tensions sociales.
L’alerte concerne également les maladies non transmissibles (cancers, diabète, hypertension). Le Sénégal a récemment réalisé une enquête STEPS pour guider les investissements. Pour le Dr Lubiba, l’absence de données exhaustives reste un frein : « Comment financer efficacement la lutte contre le cancer si nous ne savons pas combien de femmes sont exposées au cancer du sein ? »
Le Sénégal : un modèle régional en quête de souveraineté
Le Sénégal a été salué pour sa gouvernance sanitaire et sa capacité de leadership, justifiant le choix de Dakar comme siège régional pour la Fondation Gates. Le pays est notamment le premier pays francophone africain à atteindre le niveau de maturité 3 de l’OMS pour la régulation pharmaceutique.
Toutefois, la souveraineté sanitaire reste un défi immense. Avec une baisse de 30% à 50% de l’aide publique mondiale au développement, le Sénégal doit optimiser ses ressources. Cela passe par le développement de financements domestiques, comme les mutuelles communautaires, et par le renforcement des capacités des ONG locales.
Malgré les progrès, les défis persistent : plateau technique faible, manque d’équipements et infrastructures insuffisantes. Pour les experts, l’avenir de la santé en Afrique dépendra de la capacité des États à transformer les informations numériques en décisions concrètes pour financer durablement leur propre système.
