Dakar, 1er juil (SL-NFO) – T. Senghor a été condamnée à six mois ferme de prison par le tribunal de grande instance de Mbour pour filouterie de transport et obtention d’avantages par introduction frauduleuse dans un système informatique.
Elle avait mis en place un stratagème bien huilé consistant à solliciter des emprunts d’argent et à se faire remettre les téléphones portables de plusieurs taximen. Elle profitait de simples courses pour nouer une relation de confiance. Profitant de leur crédulité, elle vidait leur compte et disparaissait sans payer sa course ni rembourser les emprunts.
La défense avait plaidé pour une prise en charge thérapeutique de la dame. La prévenue a comparu deux fois devant la justice en l’espace de deux mois.
À la barre, lors de l’audience des flagrants délits, plusieurs taximen ont relaté avoir été victimes de manœuvres similaires. Parmi eux, M. Sarr avait expliqué avoir fait la connaissance de la prévenue quelques jours avant la fête de la Tabaski. Selon son témoignage, celle-ci lui avait d’abord emprunté 10 000 F CFA, prétextant devoir remettre cette somme à une connaissance. « Je ne pensais pas qu’elle pouvait m’arnaquer », avait déclaré le plaignant.
T. Senghor, mère de deux enfants, raconte qu’au cours d’une sortie, alors qu’ils se trouvaient dans une chambre d’hôtel, le taximan lui a remis son téléphone portable en lui demandant de régler les frais de la nuitée. Profitant de la situation, la prévenue dit avoir consulté le compte électronique du taximan et constaté la présence d’une importante somme d’argent. Elle a admis avoir transféré 840 000 F CFA à un ami. Une partie de cette somme, soit 350 000 F CFA, a toutefois pu être récupérée au cours de l’enquête préliminaire.
Un autre taximan, M. Fall, avait indiqué avoir été victime d’un procédé identique. Alors qu’il devait recevoir 4 000 F CFA pour une course, la prévenue lui aurait emprunté son téléphone avant d’y pomper 8 000 F CFA.
Son collègue A. Sène a également livré un témoignage accablant. Il affirme avoir été pris en location par T. Senghor après la Tabaski. Cette dernière lui aurait emprunté 7 000 F CFA puis sollicité son téléphone afin d’appeler une connaissance. Après plusieurs appels, elle lui aurait encore emprunté 1 000 F CFA avant de se rendre dans une boutique pour acheter une bouteille de lait et des cigarettes.
Selon A. Sène, la prévenue lui a ensuite redemandé son téléphone, déjà déverrouillé. Peu après, il s’est aperçu qu’un montant de 74 000 F CFA manquait sur son compte Wave. Lorsqu’il lui a réclamé son argent, T. Senghor lui aurait demandé de l’accompagner au quartier Poulailler où elle prétendait pouvoir récupérer des fonds pour le rembourser. Sur place, elle est entrée dans une maison sans jamais en ressortir. Sène affirme avoir tenté de la retrouver avant d’être confronté à deux hommes, dont l’un a brandi une machette pour l’en dissuader.
Au cours de l’enquête, la prévenue avait pourtant nié connaître les différents plaignants. À la barre, elle avait changé de version, soutenant que ces derniers l’avaient abordée et courtisée. « S’ils s’étaient limités à faire leur course, tout cela ne serait pas arrivé. Ils ont passé leur temps à me draguer », s’est-elle défendu.
Le procureur de la République n’a pas manqué de sermonner les taximen pour leur imprudence, s’interrogeant sur les raisons qui les avaient poussés à remettre leur téléphone à une personne qu’ils connaissaient à peine. S’adressant à la prévenue, le représentant du ministère public a estimé qu’elle ciblait délibérément ses victimes. « Ils ne t’ont pas ciblée. C’est toi qui les cibles plutôt », a-t-il déclaré, avant de l’exhorter à abandonner la consommation de crack, suggérant que le bénéficiaire des transferts d’argent pourrait être son fournisseur de drogue.
Condamnée à six mois de prison ferme, elle devra aussi payer aux parties civiles les sommes de 640 000 F CFA et 163 000 F CFA.
