Dakar, 27 fév (SL-INFO) – Le taux de chômage constitue l’un des indicateurs les plus scrutés de la conjoncture. Il mesure la part des personnes sans emploi, disponibles et en recherche active de travail. Mais dans des économies où l’informalité domine et où l’emploi de subsistance est répandu, cet indicateur ne dit pas tout de la situation réelle.
Au Sénégal, les données issues des enquêtes nationales sur l’emploi montrent un taux de chômage relativement modéré en comparaison internationale. Selon les dernières enquêtes harmonisées de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT), le chômage au sens strict se situe autour de 20 % pour les jeunes, avec un taux global nettement inférieur. Pourtant, ces chiffres coexistent avec une perception généralisée de difficultés d’insertion.
La raison tient à la définition même du chômage.
Une personne qui exerce une activité, même faiblement rémunérée et occasionnelle, est considérée comme occupée. Un vendeur ambulant, un conducteur informel ou un travailleur saisonnier entre ainsi dans la catégorie des actifs en emploi. De même, ceux qui ont renoncé à chercher un travail faute d’opportunités ne sont pas comptabilisés comme chômeurs au sens strict.
Le sous-emploi constitue une autre dimension souvent négligée. Il concerne les personnes qui travaillent moins d’heures qu’elles ne le souhaiteraient ou dont la productivité est très faible.
Selon l’Organisation internationale du travail, le taux combiné de chômage et de sous-emploi en Afrique subsaharienne dépasse largement les chiffres du chômage officiel. Dans plusieurs pays de la région, le sous-emploi touche plus d’un quart de la population active.
Au Sénégal, l’économie informelle représente la grande majorité des unités productives et absorbe l’essentiel des actifs. Cette réalité permet d’éviter une explosion du chômage ouvert, mais elle s’accompagne de revenus irréguliers, d’une absence de protection sociale et d’une faible accumulation de capital humain. La précarité ne se traduit pas toujours par l’absence d’activité, mais par la fragilité des conditions d’exercice.
L’écart entre statistique et vécu s’explique donc par la structure du marché du travail. Une économie où la majorité des emplois sont informels et à faible productivité peut afficher un taux de chômage modéré tout en connaissant un niveau élevé d’instabilité professionnelle. Les indicateurs complémentaires, tels que le taux de sous-emploi ou la proportion d’emplois vulnérables, offrent une lecture plus fidèle de la situation.
Interpréter le taux de chômage sans tenir compte de ces réalités conduit à sous-estimer l’ampleur des défis. La question centrale n’est pas seulement de réduire le chômage mesuré, mais d’améliorer la qualité, la stabilité et la productivité des emplois. C’est à cette condition que les statistiques pourront refléter une amélioration tangible des conditions de vie..
