Dakar 01 mars(SL-INFO) – Le 9 avril prochain, le Musée des Civilisations noires de Dakar accueillera une conférence de haut vol réunissant le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, et le géopolitologue français, Pascal Boniface. Sous le titre « Autonomie, patriotisme et monde multipolaire », l’événement se propose de penser l’Afrique de demain et les mutations globales du pouvoir.
Pour Pascal Boniface, ce sera l’occasion de présenter son dernier ouvrage, Les Maîtres du Monde, tandis que pour Ousmane Sonko, cette plateforme est idéale pour réaffirmer la vision souverainiste du gouvernement sénégalais sur la scène internationale. Cependant, au-delà des enjeux diplomatiques, la rencontre est rattrapée par une actualité législative brûlante.
Une polémique née du durcissement législatif
L’annonce de ce face-à-face ne se fait pas sans remous. Pascal Boniface a récemment révélé avoir été vivement interpellé sur l’opportunité de ce déplacement. Au cœur de la polémique se trouve le durcissement de la législation sénégalaise contre l’homosexualité.
En mars 2026, le Parlement a en effet adopté une loi doublant les peines pour les « actes contre-nature », les portant à une échelle de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Cette réforme, promulguée fin mars par le président Bassirou Diomaye Faye, prévoit également de lourdes sanctions pour l’apologie de ces actes. Pour certains observateurs et organisations de défense des droits humains, la présence du chercheur français pourrait être perçue comme une caution morale à un régime jugé répressif.
Le choix du dialogue face aux appels au boycott
Face aux critiques, Pascal Boniface a choisi de maintenir sa venue, justifiant sa position par la nécessité de préserver les canaux de discussion. Pour le géopolitologue, débattre des enjeux mondiaux et de la souveraineté nationale n’équivaut pas à valider l’ensemble des politiques sociétales du pays hôte.
Il souligne l’importance d’analyser les mutations géopolitiques réelles, qui incluent parfois des affirmations identitaires ou culturelles en rupture avec les standards occidentaux. Selon lui, comprendre les dynamiques locales est essentiel pour saisir l’évolution du monde multipolaire actuel.
Un test majeur au Musée des Civilisations noires
Cette conférence s’annonce comme un test politique et intellectuel de premier plan. Elle devra naviguer entre l’ambition d’un discours panafricaniste fort et les réalités d’un climat social marqué par une pression accrue sur certaines minorités.
Au-delà des questions de défense et d’économie, c’est la problématique de la compatibilité entre souveraineté culturelle et droits universels qui risque de s’inviter, de manière directe ou sous-jacente, dans l’amphithéâtre. Le monde aura les yeux rivés sur Dakar pour voir comment ces deux visions du monde s’entrechoquent ou s’accordent.
