Dakar, 19 Mai (SL-INFO) – Parmi les mouvements de fonds suspects tracés dans le rapport 2025 de la CENTIF, il y a le cas de cet agent d’une entité publique. Les Échos a reproduit la partie des conclusions de la Cellule le concernant. Nous reprenons celle-ci en intégralité.
«Le présent cas concerne un agent public, cadre technique au sein d’une structure publique chargée de la supervision de travaux d’infrastructure, dont le salaire-mensuel connu s’établit à 1 300 000 F CFA environ. Son compte bancaire personnel a enregistré, sur une courte période, des virements d’un montant total de 85 000 000 F CFA, émis par une entreprise, attributaire d’un important marché public de construction dont le fonctionnaire assure précisément le contrôle technique pour le compte de la structure publique.
«Pour justifier ces fonds, le cadre technique a produit une facture relative à un achat de véhicules émise par une société tierce, sans lien apparent avec ses fonctions ni avec l’objet du marché public. Peu après la réception des virements, il a émis deux chèques pour un montant total de 60.000.000 F CFA au profit d’un employé de l’Entreprise, puis a procédé au retrait en espèces du solde.
«L’examen du schéma transactionnel a mis en lumière une séquence typique: une phase de placement, matérialisée par le transfert des fonds depuis l’entreprise attributaire du marché vers le compte personnel du cadre technique; une phase de dissimulation caractérisée par l’usage de justificatifs apparaissant non cohérents (factures d’achat de véhicules) et par reversement des fonds à un tiers rattaché à l’entreprise émettrice ; une phase d’intégration par retraits importants en espèces, de nature à réduire la traçabilité bancaire des sommes en cause.
«Plusieurs éléments d’alerte ressortent de l’analyse : La disproportion manifeste entre les montants reçus (85.000.000) et les revenus déclarés de l’agent (1 300 000/mois), l’existence d’un lien direct entre les flux financiers et une entreprise placée sous son contrôle technique ; le recours à une justification qui ne paraît pas économiquement cohérente au regard du contexte ; et l’intervention d’un tiers, susceptible de traduire une tentative de fractionnement ou de redistribution des fonds.
«Ce cas illustre ainsi le risque que représente l’utilisation de comptes personnels d’agents publics pour recevoir des fonds d’entreprises privées contractantes de l’État, lorsque ces flux apparaissent incompatibles avec le profil financier du titulaire et sont suivis d’opérations de dissimulation ou de retrait rapide en espèces, caractéristiques de mécanismes de blanchiment de capitaux en lien avec des faits de corruption présumée.»
