Dakar, 19 Mai (SL-INFO) – L’épidémie d’Ebola se propage dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), région où une myriade de groupes armés sont actifs, et où le groupe antigouvernemental M23 soutenu par Kigali s’est emparé de vastes pans de territoire, compliquant la réponse sanitaire.
Entre 2018 et 2020, une épidémie d’Ebola avait déjà frappé les provinces orientales de la RDC en proie aux conflits depuis trente ans, et causé des milliers de morts.
– Conflits communautaires –
Le foyer de l’épidémie se situe dans l’Ituri, province aurifère du nord-est congolais frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, qui connaît d’intenses mouvements de population liés à l’activité minière mais également aux violences perpétrées par plusieurs groupes armés.
Les territoires situés au nord de Bunia, la capitale provinciale, sont déchirés depuis 2017 par un violent conflit entre les communautés Hema et Lendu. Des massacres, pouvant faire plusieurs dizaines de morts, y sont régulièrement signalés.
La localité de Mongbwalu, premier foyer de l’épidémie, se trouve dans une zone d’activité de la milice Codeco (Coopérative pour le développement du Congo), qui prétend défendre les intérêts de la communauté Lendu.
« Jusque-là, nous n’avons pas enregistré de résistance de la part des groupes armés », a déclaré lundi un responsable sanitaire à Mongbwalu, et « nous cherchons des stratégies pour atteindre les malades » dans les zones d’insécurité, ajoute-t-il.
La Convention pour la révolution populaire (CRP), un groupe armé souvent assimilé à la communauté Hema, a de son côté décrété un cessez-le-feu unilatéral jeudi, avant que l’épidémie d’Ebola soit signalée.
Les affrontements opposant la CRP aux militaires congolais et à la milice Codeco sont émaillés de nombreuses exactions et de tueries visant les populations civiles.
– Rebelles liés à l’Etat islamique –
Au sud-ouest de Bunia, capitale de l’Ituri où l’épidémie s’est propagée, s’étend la vaste forêt de l’Ituri, refuge des rebelles ADF (Allied democratic forces), qui ont prêté allégeance à l’Etat islamique et multiplient les tueries dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
Formés par d’anciens rebelles ougandais, les ADF sont réputées pour leur extrême violence à l’encontre des civils, et ont tué au moins 36 personnes dans plusieurs attaques début mai.
La route qui mène de Bunia, capitale de l’Ituri, à Beni, grande ville du nord de la province du Nord-Kivu, traverse une zone en proie à des attaques régulières des ADF.
Les personnels de santé et humanitaires ne sont pas épargnés par les combattants de ce groupe armé, qui tuent sans distinction, sur des axes où les militaires tardent à intervenir, malgré le déploiement de l’armée ougandaise dans la province depuis 2021.
– Lignes de front –
Les provinces du Nord-Kivu et celle du Sud-Kivu sont coupées en deux par les lignes de front entre les forces de Kinshasa et celles du M23 soutenues par l’armée rwandaise.
Les combats s’y poursuivent depuis le début de l’épidémie et malgré la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda début décembre, notamment dans le Sud-Kivu, selon des sources locales.
L’aéroport international de Goma, qui permettait d’acheminer l’aide humanitaire d’urgence dans la région, est fermé depuis la prise de la ville en janvier 2025.
Les parties au conflit avaient signé en avril en Suisse une déclaration les engageant faciliter le déploiement de l’aide humanitaire.
François Moreillon, chef de délégation de la Croix rouge internationale (CICR) en RDC, en a appelé lundi au « sens des responsabilités » des belligérants, les exhortant à ouvrir « la voie à un accès, une coopération et une coordination humanitaire effective ».
– Administration parallèle –
Un premier cas de contamination a été confirmé à Goma, grande ville de l’est du pays et frontalière du Rwanda, dont le groupe armé antigouvernement M23 s’est emparé en janvier 2025.
Le M23 a installé une administration parallèle dans les zones sous son contrôle, mais n’a jamais été confronté à la gestion d’une épidémie d’ampleur.
Les gouverneurs nommés par le M23 des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont annoncé dimanche le déploiement d’équipes de santé, de suivi et de sensibilisation auprès des populations, et un renforcement des mesures sanitaires dans les structures de santé et les zones à forte concentration.
Depuis dimanche, « aucun nouveau n’a été enregistré », a déclaré le porte-parole du M23 dans un communiqué lundi.
