Dakar, 20 Mai (SL-INFO) – Les organisations professionnelles de la pêche artisanale ont adressé une lettre ouverte au président de la République pour demander la suspension de l’arrêté portant dégel partiel des licences de pêche démersale côtière au profit de cinq navires industriels battant pavillon sénégalais.

Dans un communiqué signé notamment par la PAPAS, l’UNAMS, l’UNAPAS, AGIRE et le collectif Taxawou Cayar, les acteurs du secteur disent comprendre les difficultés d’approvisionnement du marché national en poisson, mais estiment que cette mesure risque au contraire d’aggraver la crise que traverse déjà la pêche artisanale.

Les signataires rappellent que la pêche artisanale demeure le principal pilier de l’approvisionnement des populations sénégalaises en produits halieutiques. Selon eux, les pêcheurs artisanaux, mareyeurs et femmes transformatrices assurent depuis des décennies la sécurité alimentaire de milliers de familles vivant des ressources marines.

Ils alertent toutefois sur la raréfaction des ressources halieutiques, la pression croissante sur les stocks et la réduction des espaces accessibles à la pêche artisanale. Dans ce contexte, l’arrivée de chalutiers industriels dans la pêche démersale côtière est perçue comme « une menace supplémentaire » pour les acteurs artisanaux, qui ne disposent ni des moyens techniques ni des capacités financières pour soutenir une telle concurrence.

Les organisations rappellent également que le gel des licences instauré depuis 2006 répondait déjà à des préoccupations liées à la surexploitation des ressources. Elles soulignent que plusieurs espèces démersales restent aujourd’hui sous forte pression et invoquent les recommandations du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT), qui préconise une approche prudente afin d’éviter une aggravation de la surexploitation.

Dans leur lettre, les acteurs dénoncent aussi « une situation d’iniquité », estimant incompréhensible le maintien du gel des permis pour les pêcheurs artisanaux alors qu’un assouplissement exceptionnel est accordé à des navires industriels.

Face à cette situation, les signataires demandent au chef de l’État de surseoir à l’application de l’arrêté, d’ouvrir un cadre de concertation inclusif avec l’ensemble des acteurs concernés et d’engager une évaluation transparente des impacts sociaux, économiques et environnementaux de cette mesure.

Ils plaident enfin pour des solutions durables axées sur le renforcement de la pêche artisanale et la préservation des ressources halieutiques nationales, qu’ils considèrent comme le socle de la souveraineté alimentaire du Sénégal.

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