Dakar, 20 Mai (SL-INFO) – Depuis quelques jours, le bleu pétrole de la Rolls-Royce d’Anita Annet Among a envahi les réseaux sociaux ougandais. Placée, au vu de tous, sur le plateau d’un camion de police, elle se veut le symbole de la « corruption » de l’omnipotente présidente du Parlement, désormais déchue.
Arrivée au perchoir en mars 2022, à la mort du précédent occupant, la députée de 52 ans, que l’on disait intouchable car membre du cercle rapproché du président Yoweri Museveni, ex-guérillero au pouvoir depuis 40 ans, a vu la police et l’armée débarquer samedi dans sa luxueuse villa de Kampala.
L’opération « Maliza Ufisadi » (« Arrêtons la corruption » en swahili, NDLR) a été « autorisée » par le chef de l’Etat pour « arrêter quiconque en Ouganda à l’exception du président et de la Première dame », a justifié mardi sur X, le fils de Yoweri Museveni et chef d’état-major de l’armée, le général Muhoozi Kainerugaba qui en revendique la paternité.
« N’importe qui d’autre peut être arrêté », a-t-il averti.
Dans les faits, « Maliza Ufisadi » n’a pour l’instant ciblé que la seule Anita Annet Among. Elle n’a pas été arrêtée, mais les forces de sécurité ont perquisitionné plusieurs maisons qu’elle possède à Kampala et son bureau au Parlement.
Ont été saisis plusieurs 4X4 de luxe, selon les médias ougandais, mais aussi la rutilante Rolls-Royce, dont la valeur – plusieurs centaines de milliers d’euros – passe mal dans ce pays pauvre où, selon l’ONU, la moitié de la population vit avec moins de trois dollars par jour.
– « Voleuse » –
« Nous avons toujours dit qu’Among est corrompue et qu’elle est une voleuse ! », dénonce Joel Ssen, cadre de la Plateforme d’unité nationale (NUP), qui salue l’enquête visant la présidente du Parlement. « Mais beaucoup d’autres voleurs agissent encore et doivent être inquiétés ».
La NUP est le principal parti d’opposition ougandais. Son leader l’ex-chanteur Bobi Wine – de son vrai nom Robert Kyagulanyi -, qui dénonçait en janvier une présidentielle « truquée », a fui l’Ouganda après avoir été menacé de mort par Muhoozi Kainerugaba.
Anita Annet Among avait jusqu’ici surmonté plusieurs scandales. En 2023, elle avait été impliquée dans un vaste détournement de tôles destinées à des communautés pauvres.
Mme Among les avait finalement restituées pour « protéger l’image du Parlement » et n’avait pas été inquiétée, contrairement à d’autres hauts dirigeants condamnés et écroués. Elle a en revanche été frappée en 2024 de sanctions par le Royaume-Uni (interdiction de voyage, gel d’avoirs) et les Etats-Unis (entrée interdite).
Agora, une ONG ougandaise citoyenne, a récemment mis en lumière l’explosion du budget de ses services, passé d’environ 900.000 à 4,3 millions d’euros annuels entre 2022 et 2026, des indemnités journalières atteignant 3.900 euros allouées à la présidente lors de voyages officiels, ainsi que des projets financés par ses services mais jamais réalisés.
« Sa corruption est devenue tellement importante qu’elle menaçait la dynastie » des Museveni, explique à l’AFP Agather Athuaire, fondatrice d’Agora, pour qui Anita Annet Among avait mis en place un système lui permettant de financer ses propres allégeances.
– « Couper les ailes » –
« Ils se sont dits que si elle était réélue présidente du Parlement, elle deviendrait trop puissante » et après avoir toléré des années durant un tel niveau de prévarication, le pouvoir a donc voulu lui « couper les ailes », affirme Mme Athuaire.
Les perquisitions sont de fait intervenues alors qu’elle répétait vouloir rempiler au perchoir.
« Après de larges consultations et une profonde introspection, et afin de préserver l’harmonie et la clarté au sein de mon cher parti, le NRM (la formation présidentielle, NDLR), je souhaite déclarer de manière catégorique et sans équivoque que je ne me présenterai pas à la course à la présidence » du parlement, a finalement annoncé l’intéressée dimanche sur X, quelques heures après la perquisition de sa résidence principale.
L’AFP n’a pu joindre Mme Among.
Nombre d’observateurs déplorent toutefois que ce soit l’armée qui soit à la manoeuvre, et non des institutions civiles, comme la police ou l’agence anticorruption.
Muhoozi Kainerugaba, qui aspire à succéder à son père, « n’agit plus seulement en tant que commandant militaire. Il est devenu une force politique majeure », observe Timothy Chemonges, directeur exécutif du Centre d’analyse politique, un think-tank ougandais.
« Il semble que toute personne au sein du NRM qui souhaite avoir un avenir en politique doive s’aligner sur Muhoozi », remarque de son côté Gerald Walulya, professeur en communication à l’université Makerere de Kampala.
Le fils Museveni « est devenu le faiseur de rois », dit-il. Grâce à l’affaire Among, il se présente comme « un dirigeant proche du peuple et compétent ».
