Dakar, 07 juil (SL-INFO) –Dans la vie politique sénégalaise contemporaine, et singulièrement au sein de PASTEF, le rituel d’adhésion ou de rupture a changé de décor. Oubliez les conférences de presse solennelles ou les lettres de démission déposées par huissier. 

Aujourd’hui, le drame politique se joue en un clic, résumé par cette formule devenue virale : si quelqu’un n’annonce pas avoir quitté un groupe WhatsApp, c’est qu’un autre annonce en avoir été banni.

Pour un parti qui a bâti son hégémonie sur la maîtrise parfaite du numérique, WhatsApp n’est pas une simple application de messagerie. C’est le poumon de l’organisation, le quartier général virtuel, et parfois le tribunal de la pensée unique.

Pourquoi cette application est-elle devenue le cœur battant de leur vie politique ? 

Parce que PASTEF s’est construit là-dedans. Avant d’occuper les ministères et les directions, ils ont occupé les boucles de discussion. C’était leur arme secrète pour contourner la télé, pour lever des fonds en trois clics, pour envoyer tout le monde au même endroit, au même moment, d’un simple message transféré. Le problème, c’est qu’on ne dirige pas un parti au pouvoir et encore moins un pays, comme on gère un groupe de potes.

Quitter ou être retiré : Le thermomètre des purges et des ego

La dynamique interne de ces groupes reflète fidèlement les tensions du parti au pouvoir.

Quand un cadre, un membre du parti, quitte de lui-même, c’est un acte de protestation théâtral. C’est une manière de dire : « Je ne me reconnais plus dans vos orientations, je pars avant qu’on ne m’étouffe. ».

La capture d’écran de sa sortie devient immédiatement une arme de communication politique sur Facebook ou X.

À l’inverse, quand un administrateur retire un membre, on assiste à l’exécution politique version digitale. C’est la sanction disciplinaire suprême de l’ère algorithmique.

En une seconde, tu passes de membre de la famille à parfait étranger. Tu n’as même pas le temps de te défendre, de taper une dernière phrase, ton écran devient gris. C’est l’excommunication moderne. Et le banni n’a plus qu’une solution : courir sur Facebook ou sur les plateaux télé pour raconter son humiliation et crier à la dictature des administrateurs.

Le banni court alors vers les réseaux sociaux pour crier à l’injustice et au manque de débat interne, tandis que les « gardiens du temple » justifient l’acte par la nécessité de protéger la ligne directrice du parti ou de sanctionner l’indiscipline.

Le piège de la bulle virtuelle

Le paradoxe de cette centralité de WhatsApp, c’est qu’elle transforme la gestion d’un État ou d’un grand parti en une succession de micro-crises de cour d’école. À force de filtrer, de bannir et de ne garder dans les groupes que ceux qui acquiescent, les leaders risquent de s’enfermer dans une éco-chambre numérique où la réalité du pays est déformée par les émojis d’applaudissements.

Au fond, l’histoire moderne de PASTEF s’écrit autant dans le Journal Officiel que dans l’historique des administrateurs de ses boucles de messagerie. Reste à savoir si on peut diriger un pays avec la même verticalité numérique que celle qui permet de gérer un groupe de discussion. Le réveil risque d’être brutal. Parce que dans la vraie vie, face aux coupures d’électricité, à la cherté de la vie ou au chômage, il n’y a pas d’administrateur pour supprimer les mécontents. On ne peut pas mettre le peuple sénégalais en mode « Lecture seule ».

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